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The Ghost Train cover

The Ghost Train

Wagmore Records – 2012 –

Sorti le 21 décembre 2012, The Ghost Train a été conçu pour accompagner la potentielle fin du monde annoncée à cette date précise par le calendrier maya. À l’époque, la planète entière semble retenir son souffle. Livres, documentaires et productions hollywoodiennes annoncent la supposée « fin du monde maya ». Le film 2012 de Roland Emmerich nourrit alors l’imaginaire collectif avec son déluge de cataclysmes, de continents engloutis et de civilisations anéanties.

Pourtant, la tradition maya raconte une histoire bien différente. Le 21 décembre 2012 ne marque pas la destruction du monde, mais l’achèvement d’un cycle du calendrier appelé Long Compte. Plus qu’une fin, il s’agit d’un passage, d’une transition vers une nouvelle période. Une idée finalement assez proche des saisons, des ères ou des grandes étapes qui ponctuent l’histoire humaine.

Sur le moment, beaucoup ironisèrent : rien ne s’était passé. Pourtant, avec le recul, force est de constater que le monde du début des années 2000 n’a plus grand-chose à voir avec celui qui émergea dans la décennie suivante. Révolutions numériques, réseaux sociaux, bouleversements culturels, nouvelles façons de communiquer ou de créer… Le changement fut moins spectaculaire qu’une pluie de météorites, mais sans doute plus profond. C’est dans cette atmosphère de fin de cycle que Lapinu embarque ses compagnons de route pour un voyage crépusculaire à bord d’un mystérieux train fantôme. Plus sombre que Joy of Love, plus cinématographique aussi, The Ghost Train traverse souvenirs, rêves, légendes et paysages imaginaires comme autant de gares perdues entre deux mondes.

Le premier voyageur à monter dans le convoi est un invité de marque : Jeremy Gluck qui ne se contente plus d’offrir un texte, comme sur Joy of Love, mais prend place à bord du train pour nous inviter à le suivre dans une étrange traversée nocturne…

Calendrier Maya

Jeremy Gluck : un passager de première classe

Lapinu est particulièrement fier d’accueillir à bord de son Ghost Train un invité de marque : Jeremy Gluck. Lorsque Lisa, amie suisse du lapin et infatigable passeuse de talents, lui propose d’inviter le musicien canadien dans son terrier, Lapinu entreprend aussitôt quelques fouilles archéologiques dans sa collection de vinyles, et retrouve une pièce rare de 1987 : Looking For A Place To Fall où Jeremy pose en élégant cow-boy romantique aux cotés de ses amis. Avant sa carrière solo, Jeremy Gluck s’est surtout illustré comme chanteur et cofondateur des mythiques The Barracudas. Formé à Londres à la fin des années 1970, le groupe s’impose rapidement comme l’un des fleurons de la scène néo-sixties britannique avec son mélange unique de surf music, de garage rock, de power-pop et d’énergie punk. Leur titre Summer Fun devient même un succès dans les charts britanniques au début des années 1980.

Mais Jeremy Gluck n’a jamais été un artiste facile à enfermer dans une catégorie. Journaliste musical avant même d’être musicien, passionné de littérature, de poésie et d’expérimentations sonores, il multiplie au fil des décennies les projets singuliers, des Barracudas à Civilisation Machine, puis à une abondante carrière solo où folk halluciné, spoken word, blues spectral et rock expérimental se croisent librement.

Au moment où Lapinu l’invite dans son univers, Jeremy explore déjà des territoires artistiques de plus en plus personnels. Ses albums récents, publiés sous son nom, témoignent d’une liberté créative intacte où chansons, récits, visions et souvenirs se mêlent dans une œuvre profondément originale. Sa présence sur The Ghost Train n’est donc pas celle d’un simple invité. Elle ressemble davantage à la rencontre de deux voyageurs empruntant, le temps de quelques gares, la même voie ferrée imaginaire.

Locomotive

Le voyage débute ici.

Dès les premières secondes, The Ghost Train installe le décor de l’album : un univers étrange où les musiques semblent provenir simultanément de plusieurs attractions foraines. Orgues mécaniques, mélodies de manèges, rythmiques brinquebalantes et sonorités rétro-futuristes s’entremêlent dans une sorte de collage sonore évoquant à la fois une fête foraine steampunk, un dessin animé oublié et la bande-son d’un jeu vidéo échappé d’une autre dimension.

Au centre de ce décor apparaît Jeremy Gluck dans le rôle d’un Monsieur Loyal singulier. Non pas le bonimenteur exubérant qui invite les visiteurs à entrer sous le chapiteau, mais une figure plus sombre et désabusée. Sa voix nous guide à travers un texte où le train fantôme devient la métaphore d’un voyage intérieur.

« I was home on the ghost train » répète-t-il comme un refrain secret.

The Ghost Train cover verso

Le train évoqué par Jeremy n’est pas seulement celui des fêtes foraines. C’est celui de la mémoire, du déracinement, de la création et peut-être même de l’existence elle-même. Le narrateur y cherche ce qui lui est familier, ce qui lui appartient encore, dans un monde où les certitudes semblent s’effacer. Les vers oscillent entre souvenirs, solitude et quête d’identité, jusqu’à cette image magnifique d’un train traversant le monde entier avant de revenir à une gare immobile, sifflant doucement : « Boy, come home ».

Derrière ses allures de manège décati, The Ghost Train ouvre ainsi un thème qui traversera tout l’album : celui du voyage comme passage entre les mondes, entre le passé et le présent, entre ce que l’on croit avoir perdu et ce qui continue pourtant de nous appeler au loin.

Le morceau fonctionne comme le générique d’ouverture d’une vieille série fantastique : il présente le décor, le narrateur et le mystère, puis invite l’auditeur à monter à bord sans lui révéler où le train va l’emmener.

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