End of the First Decade
WAGMORE RECORDS – 2011
Ce second album de Lapinu est également le premier à paraître après la signature d’un contrat avec LBA Records / Nessel Music (Floride, USA) au début de l’année 2011. C’est donc sous l’étiquette Wagmore Records que paraît End of the First Decade. Comme son titre l’indique, cet EP constitue avant tout un bilan. Non pas celui d’une époque musicale ou d’un mouvement artistique, mais celui des dix premières années d’existence de Lapinu. Dix années passées à bricoler des chansons improbables, enregistrer des maquettes artisanales, multiplier les collaborations inattendues et creuser obstinément son propre terrier musical. Tout en restant dans la marge, apprécié des uns, moqué par les autres, il aura su conserver le cap et attirer l’attention bien au-delà de son terrier, jusque de l’autre côté de l’Atlantique.
À bien des égards, End of the First Decade apparaît donc comme une photographie de transition : la conclusion d’un premier chapitre et le point de départ d’une nouvelle série d’aventures musicales qui ne font alors que commencer. Suite à la sortie de Vague à l’Âme, Lapinu fait la connaissance de deux personnages appelés à jouer un rôle important dans la suite de l’aventure : Michel Pardeshi et Don Juan Von Orloff.
Michel Pardeshi
Figure incontournable des bals de mariage de Chandigarh et disciple du légendaire Bahba Saddu Sebastaïa Bachir, Michel Pardeshi partage son existence entre l’aménagement des territoires bien réels et l’exploration de continents musicaux encore inconnus. Pianiste, organiste, urbaniste des harmonies et cartographe des mélodies, il trace des avenues sonores là où d’autres ne voient que des friches, bâtit des ponts entre les styles et dessine de vastes paysages musicaux avec la précision d’un architecte. Reconnu du Rajasthan au Cachemire comme un grand harmoniste, il est passé maître dans l’art d’organiser les sons comme on agence une ville idéale : avec équilibre, imagination et un goût certain pour les chemins de traverse.
Sa science des claviers, sa passion pour les musiques du monde et son goût prononcé pour les voyages imaginaires irrigueront de nombreuses compositions et arrangements des albums de Lapinu durant les années suivantes. On lui doit notamment des titres comme Hypnotic Snake, Exotic Medication ou encore les différentes variations autour de Bonaventura, qui témoignent de son goût pour les climats exotiques, les mélodies voyageuses et les explorations musicales hors des sentiers battus.
Michel Pardeshi composera ainsi de nombreux morceaux originaux pour Lapinu et participera activement à la construction de cette période particulièrement féconde où psychédélisme, exotisme, rock et chanson se rencontreront avec une liberté toujours plus affirmée.
Don Juan Von Orloff
Adulé sur les dancefloors de Transylvanie, d’Anatolie, de Macédoine et d’Œuf-Dur-Mayonnaise-Aïoli, Don Juan Von Orloff est responsable des sections rythmiques, des ambiances cinématographiques et d’une quantité préoccupante de phénomènes sonores non identifiés. Collectionneur de rythmes improbables, trafiquant d’échos nocturnes et spécialiste autoproclamé des atmosphères crépusculaires, il semble capable de transformer la moindre chanson en bande originale d’un film qui n’existe pas encore.
Considéré par certains spécialistes comme le petit-fils illégitime de Don Diego de la Vega et du Comte Dracula, il apporte au projet son goût des rythmes atypiques, des climats étranges et des expérimentations électroniques. Selon diverses sources plus ou moins fiables, il officierait également sous plusieurs pseudonymes dans des secteurs d’activités extrêmement variés : programmation rythmique, bruitologie appliquée, espionnage musical, élevage de chauves-souris mélomanes ou encore commerce équitable de sons exotiques. Nul ne sait réellement où il se trouve lorsqu’il disparaît pendant plusieurs semaines, mais il finit toujours par réapparaître avec de nouveaux vinyles à malmener et quelques samples mystérieux à séquencer.
Ses programmations, bruitages et arrangements contribuent largement à façonner l’identité sonore de ce nouveau trio où la chanson se nourrit désormais autant de musiques du monde fantasmées que d’électronique artisanale et de bricolages sonores.

Des répétitions au parfum de live
Sans tarder, les trois compères entreprennent d’adapter plusieurs chansons de Vague à l’Âme pour la scène. Chaque semaine, le trio se retrouve dans l’arrière-salle d’un bistrot pour répéter dans un joyeux esprit « melting-potes ». Entre travail des arrangements, improvisations et expérimentations sonores, les séances prennent souvent des allures de concerts privés donnés pour les amis de passage… ou simplement pour leur propre plaisir. De ces rencontres naît une série d’enregistrements capturant l’énergie spontanée de cette formule résolument tournée vers le live. End of the First Decade rassemble ainsi quatre titres issus du premier album réinventés pour cette nouvelle aventure, auxquels s’ajoute un inédit.
Plus qu’une simple compilation ou un disque de transition, cet EP constitue le premier témoignage discographique de la rencontre entre Lapinu, Pardeshi et Von Orloff. On y entend déjà se dessiner les orientations qui marqueront une bonne partie de la décennie suivante : fascination pour les musiques du monde réelles ou imaginaires, goût des réarrangements radicaux, hybridation permanente entre chanson, rock, électronique, psychédélisme et bandes-son de films rêvés.




