LAPINU
The French Singing Rabbit
Un univers musical entre exotica et variété expérimentale
Lapin chanteur français, LAPINU évolue dans la nébuleuse Exotica : Un rêve éveillé où se mêlent variété expérimentale, happenings burlesques aux sonorités exotiques surannées et autres facéties Steampunk électro-déjantées. Pop alternative, musiques psychédéliques ou chanson décalée, ce personnage singulier à l’univers protéiforme s’autorise tout mélanges improbables, à l’image des interventions poétiques et musicales d’artistes venus de divers horizons, parfois même d’outre-monde où reposent mythes et figures chimériques intemporelles. Libre et volontairement inclassable, il apparaît régulièrement, tel un lapin de garenne au bois jauni, avec un nouvel objet sonore non identifié dans sa musette.


The French Singing Rabbit
est né à l’aube du 21ème siècle quelque part dans les Andes de l’Armorica, au pays des Namnètes.


Léporidé à l’esprit gaulois bien trempé, LAPINU n’en est pas moins international ! Suite à la sortie de son premier album en décembre 2007, il est immédiatement repéré par l’artiste américain VERNE LANGDON qui devient son ami et mentor. Disciple du mythique KORLA PANDIT, connu comme The Godfather of Exotica, VERNE est également pourvu d’une personnalité multifacette avec notamment son alter-ego burlesque : Johann Sebastian BORK.
À la fois Clown, créateur de masque et magicien, c’est tout naturellement que VERNE LANGDON, en bon producteur indépendant, rêve de devenir le magicien qui sortira LAPINU de son chapeau. Hélas, en rejoignant les cieux trop tôt, c’est désormais en esprit qu’il accompagne son protégé. Après la disparition du maître en 2011 et une apparition au Magic Castle en 2013, le disciple incorpore son prestigieux label DEJA-VU Record Company et peaufine avec musiciens américains et armoricains : Once Upon a Time Verne Langdon, un hommage musical sorti en 2021.


Dejavu Record Company est un label indépendant basé à Los Angeles créé par VERNE LANGDON, artiste multidisciplinaire connu pour ses contributions à la musique, au cinéma culte et au spectacle vivant. Reconnu pour son catalogue singulier mêlant jazz, easy listening, exotica, spoken word, musique de film et archives sonores, le label met en lumière des figures mythiques d’Hollywood, à la croisée de la musique et du cinéma, avec des artistes emblématiques tels que Juan Rolando et son alter ego Korla Pandit, icône de l’exotica et de la culture musicale californienne, mais aussi John Carradine, Jay P. Morgan, Jonathan Winters et Verne Langdon en maître de cérémonie. Un ensemble d’œuvres rares et intemporelles, peuplées de figures inclassables naviguant entre musique, cinéma et contre-culture. Lapinu s’inscrit naturellement dans cette lignée artistique singulière.
Également représenté par LBA RECORD aux États-Unis, LAPINU mérite pleinement son surnom de French Singing Rabbit. Depuis 2011, le prolifique lapin chanteur français a publié cinq albums sous les étiquettes Wagmore Records et LBA Composers (divisions de LBA Records – Nessel Music Group), explorant un univers musical onirique et surréaliste où se mêlent exotica, variété expérimentale et autres sonorités audacieuses aux ambiances cinématographiques. De toute évidence, séduits par l’exotisme et le caractère surréaliste de l’univers de LAPINU, les producteurs Verne Langdon, en Californie, et Neil Nessel, en Floride (sans se connaître l’un l’autre), ont chacun invité le lagomorphe ligérien à rejoindre leurs labels respectifs, reconnaissant le potentiel du lapin chanteur français dans le panorama de la musique expérimentale et de la « French chanson » .
Depuis 2008, LBA Records et ses labels associés ( Bent Ant, Wagmore et LBA Composers ) ont offert au public un catalogue musical d’une diversité remarquables, regroupant des artistes du monde entier. La diversité étant la clé de leur succès, le label navigue entre pop expérimentale, EDM, jazz, rock industriel, ambiant, R&B, dance, électro-punk et plus encore. Une niche pour les amateurs de musiques alternatives toujours en quête de nouvelles sonorités et d’univers originaux.
Sur les réseaux sociaux, Lapinu évolue à la manière des lapins de garenne : discret, furtif, apparaissant parfois au détour d’un fil d’actualité avant de disparaître dans les hautes herbes numériques. Sa présence sur Instagram, Facebook ou ailleurs relève moins de la conquête algorithmique que de l’apparition sporadique d’une créature étrange au milieu du vacarme promotionnel ambiant. Certes, le lapin ligèrien ne collectionne pas les milliers de followers aux profils vaguement générés dans quelque ferme à clics perdue au fin fond du Likeistan, obscure contrée numérique où des armées de pouces levés travaillent nuit et jour sous la lumière blafarde des serveurs. Ici, point d’armée de bots applaudissant mécaniquement chaque publication comme au Grand Duché du Contenu Engageant. Et puis, à bien y regarder, quelle est la véritable valeur d’un raz-de-marée de “j’aime” lorsqu’une photographie de tartine d’avocat tiède, d’un chat déguisé en sushi ou d’une silhouette piriforme aux attributs thoraciques généreusement mis en orbite peut surpasser en visibilité une œuvre originale réalisée avec patience, obsession et un excès de jus de carottes survitaminé ?
Une fois n’est pas coutume, Lapinu sort brièvement de sa retraite numérique pour adresser un signe à ses irréductibles soutiens, jadis croisés sur MySpace et désormais dispersés sur les rivages brumeux de Meta. Alors, quand ses chères Hausfrauen publient un vinyle jaune comme le soleil, le French Singing Rabbit se doit naturellement de le poser illico sur la platine.
Les algorithmes semblent avoir leurs préférences : ils favorisent volontiers le spectaculaire instantané au détriment de la poésie surréaliste léporidée. Aussi notre French singing rabbit continue de creuser son terrier numérique, loin des Plaines du Scrollistan, avec obstination, convaincu qu’un regard sincère vaut parfois mieux que dix mille pouces automatisés. Cela dit, si quelques humains, disséminés au milieu des bataillons de bots inféodés à la branchitude médiatique, venaient un jour s’échouer sur les rives ligériennes du terrier de Lapinu, ce serait déjà un petit événement statistiquement improbable. Et si, dans un élan de témérité presque chevaleresque, certains osaient rejoindre le cercle des irréductibles soutiens sans redouter le grand tribunal numérique du “qu’en-dira-t-on”, cela relèverait quasiment de la magie.
Car la matrice algorithmique et ses innombrables agents Smith semblent aujourd’hui pleinement dévoués à la promotion continue de la Fédération des Influenceurs Unis, tandis que les artistes atypiques demeurent relégués dans les angles morts du réseau, tels des fruits légèrement biscornus que les grandes chaînes de calibrage numérique préfèrent discrètement écarter avant le passage des moissonneuses-batteuses de la conformité. Mais qu’importe : les lapins de garenne ont depuis longtemps appris à survivre entre les clôtures, les projecteurs et les machines trop bien réglées. Vous pouvez donc cliquer sans crainte sur les liens ci-dessous : aucun robot ne viendra vérifier votre quotient de tendance, et il paraît même que suivre un lapin surréaliste améliore légèrement la qualité des terriers numériques.
RIP MYSPACE
Depuis le départ de Tom Anderson et les grandes migrations numériques des années 2010, Myspace est doucement parti à vau-l’eau, emportant avec lui toute une époque où l’internet était bricolé, bariolé et délicieusement imparfait. Les pertes furent lourdes pour les utilisateurs qui migrèrent en masse vers Facebook dans ce qui demeure sans doute le premier grand exode de l’ère numérique : une longue traversée du désert algorithmique guidée non plus par Moïse, mais par quelques ingénieurs en hoodie et des boutons “J’aime”.
Avant l’avènement des réseaux standardisés et des algorithmes omniscients, MySpace offrait aux artistes un véritable petit terrier numérique : chacun pouvait y repeindre les murs, changer les couleurs, ajouter des lecteurs improbables, des gifs douteux et des chansons en autoplay sans demander la permission à une intelligence artificielle californienne.
C’était un lieu chaleureux, anarchique et profondément humain, où musiciens, illustrateurs et créatures expérimentales cohabitaient dans une joyeuse cacophonie HTML. Depuis, la convivialité artisanale des débuts semble s’être dissoute dans les grandes plateformes aseptisées du web contemporain. Nous laissons malgré tout le lien actif, au cas où le vieux dinosaure numérique renaîtrait un jour de ses cendres pixelisées.


LAPINU
BIO


Depuis l’an 2000, Lapinu gambade de-ci de-là semant au passage quelques chansons électro-pop acidulées et un certain trouble dans les milieux artistiques. Tantôt en live, tantôt sur écran, le French Singing Rabbit chante, danse et surgit là où on l’attend le moins. C’est à l’occasion de l’exposition Climat à l’Espace Diderot qu’il fait sa première apparition remarquée. Devant un public éberlué, Lapinu présente un show mêlant chansons, vidéos et fantaisie burlesque, se forgeant instantanément une petite réputation locale.
Conséquence directe : le voilà parachuté au Musée d’Arts de Nantes pour une nocturne en novembre 2001. Dans ce cadre solennel peu habitué aux lapins chanteurs, Lapinu fait applaudir à l’unisson une assemblée d’intellectuels arty sur sa reprise de Vive le Douanier Rousseau de La Compagnie Créole, spécialement mijotée pour l’occasion. Une scène dont le Douanier lui-même aurait probablement apprécié l’élégante absurdité.

Parmi les premiers faits marquants de l’univers de Lapinu figure également un détour remarqué par plusieurs galeries et espaces d’art britanniques grâce à la vidéo The Marcel Duchamp’s Rock !
Cet hommage rétro-burlesque au grand agitateur dada Marcel Duchamp prend la forme d’un étrange rock expérimental mêlant animation artisanale, faux cinéma muet, collages absurdes et énergie proto-punk. Les célèbres Rotoreliefs de Duchamp y sont notamment réanimés dans une succession de séquences bricolées et volontairement décalées, comme une tentative joyeusement irrévérencieuse de réveiller l’esprit subversif et anti-académique du maître dadaïste. La vidéo est d’abord projetée en 2004 à S1 Artspace, espace indépendant emblématique de la scène artistique expérimentale de Sheffield, reconnu pour son soutien aux pratiques contemporaines hybrides et aux jeunes artistes internationaux.
Au printemps 2005, The Marcel Duchamp’s Rock ! rejoint ensuite un programme itinérant de films d’artistes diffusé dans plusieurs villes de Grande-Bretagne, permettant au French Rabbit d’introduire son univers burlesque et décalé dans les circuits de l’art vidéo underground britannique. Enfin, en mai 2006, le petit film trouve une place inattendue au sein de l’exposition Modern Lovers de Pil and Galia Kollectiv présentée à la Three Colts Gallery à Londres. Posé sur un socle dans un petit téléviseur presque anachronique, l’objet vidéo dialogue alors avec les œuvres de l’exposition comme une curiosité dada-pop surgie d’un vieux laboratoire expérimental.


Après sept premières années d’existence déjà bien remplies, Lapinu amorce une profonde mutation stylistique, tant dans la forme que dans le fond. L’univers du French Singing Rabbit gagne alors en sophistication, mêlant désormais romantisme rétro, exotisme onirique, influences Belle Époque et expérimentations visuelles plus affirmées.
Cette nouvelle orientation accompagne la sortie de son premier album, Vague à l’Âme, publié en décembre 2007. Autoproduit sous la forme d’un double vinyle, l’ouvrage se distingue également par ses deux magnifiques tableaux réalisés par l’artiste Cédric Tanguy, dont l’univers baroque et inclassable épouse naturellement les atmosphères exotiques, oniriques et délicatement gothiques imaginées par Lapinu. Avec Vague à l’Âme, le lapin chanteur pose ainsi les premières pierres d’une variété expérimentale élégante et volontairement hors du temps.
Suite à la sortie de cet objet musicale non-identifié, Lapinu rencontre deux musiciens : Michel Pardeshi et Don Juan Von Orloff. Ceux-ci adaptent les chansons de Lapinu pour la scène. Par la suite, leur collaboration sera scellée sur l’album End of the First Decade sorti sous le label WAGMORE RECORDS en 2011. Entre autres heureuses conséquences, Vague à l’Âme suscite dès sa sortie l’intérêt de Verne LANGDON. Dès lors, Lapinu entretient une relation épistolaire avec l’artiste américain. Et comme de bien entendu, une collaboration entre les deux correspondants se met en place.
MICHEL PARDESHI
Star des bals de mariage de Chandigar, Disciple de Bahba Saddu Sebastaïa Bachir, Pianiste, organiste, géographe des territoires inexplorés de la musique, Pardeshi est reconnu du Rajahstan au Kashmir comme un grand harmoniste. Michel Pardeshi a composé de nombreuses chansons et instrumentaux pour les albums de Lapinu.
DJ VON ORLOFF
Adulé sur les dance-floors de Transylvanie, Anatolie, Macédoine et oeuf dur-mayonnaise Aïolli !
Responsable de la section rythmique et des ambiances cinématographique…
Il est considéré comme le petit-fils de Don Diego de la Vega et du Comte Dracula !
Par ailleurs, la vie du lapin chanteur se ponctue de concerts, happenings et performances plus ou moins contrôlés dans divers lieux insolites d’Europe. Parmi ces apparitions figure notamment une prestation remarquée au Künstlerhaus Mousonturm de Francfort, le 17 novembre 2010, à l’occasion de l’événement “Un Cabaret Extraordinnaire”.
Pour cette soirée atypique mêlant musique, arts visuels et cabaret expérimental, Lapinu se produit entouré d’un nouveau collectif répondant au nom délicatement absurde de “Ze Exotic Alambic” : un ensemble de musiciens déjantés naviguant entre exotica bricolée, rythmiques électro artisanales, percussions approximativement tropicales et chansons françaises mutantes.
La scène est alors partagée avec Jim Avignon, figure singulière de la scène artistique berlinoise, connu pour ses peintures pop volontairement naïves, colorées et ironiques, réalisées à grande vitesse dans un esprit proche du street art et de la culture underground européenne. Artiste prolifique, musicien occasionnel et performeur inclassable, Jim Avignon développe depuis les années 1990 une œuvre oscillant entre critique sociale, humour absurde et esthétique DIY, parfaitement en phase avec l’univers surréaliste du French Singing Rabbit.
Le concert lui-même prend rapidement l’allure d’un cabaret exotique sous acide doux : vidéoprojections psychédéliques en fond de scène, lumières rétro-futuristes, samples étranges, synthétiseurs fatigués et romantisme bancal composent le décor mouvant de cette soirée difficilement classable.
Point culminant de la représentation : une reprise improbable de “Lili Marleen”, en version française expérimentale, accompagnée d’un show burlesque interprété par Lili Marleen elle-même, apparition théâtrale et fantasmatique surgie d’un cabaret expressionniste oublié. Entre chanson de guerre déconstruite, exotica européenne et performance dadaïste, le spectacle bascule alors dans une sorte de rêve éveillé où cabaret berlinois, variété expérimentale et poésie lunaire semblent définitivement perdre leurs frontières respectives.
Après cet épisode germanique, Lapinu signe chez LBA records / Nessel Music et, comme on pouvait s’y attendre, libère plusieurs album dans la foulée. De sorte que End of the First Decade est le premier opus disponible sur les plateformes de téléchargements. Mentionnons qu’on le retrouve sous l’étiquette Wagmore Records ( division LBA records).

Entretemps, Lapinu croise la route du talentueux Ølaf, musicien du Pays de la Mée. Grâce à ses talents de Sound Designer et d’arrangeur rythmique, les albums suivants rentre dans une autre dimension !
Auteur, compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur ou ingénieur du son, Ølaf est le fondateur des groupes Zemtrum Zombia, Tribu, Les Zouaves, Flux et participe à de nombreuses formations ou projets musicaux. Il a apporté sa touche de folie et son savoir-faire sur Joy of Love, The Ghost Train, Bonaventura mini-Sinfonia et Once upon a time Verne Langdon.
Tous ces ouvrages sont également le fruit d’une équipe de musiciens permanents ou occasionnels qui offre généreusement un solo, une voix, un texte…

Notons à cet égard l’improbable rencontre entre Lapinu et le reggae-man suisse William Martin alias Suggardady , survenue à Bâle en 2011. Quelque part entre les brumes rhénanes, une sono approximative et une conversation franco-anglo-jamaïcaine difficilement homologable, le French Singing Rabbit croise ainsi la route d’un authentique Caribbean of Switzerland.
De cette collision hautement improbable naît, en à peine cinq minutes, un flux improvisé enregistré presque sur le vif : “Sugardaddy Sings The Rabbitman”, aujourd’hui présent sur l’album Joy of Love. Sans répétition, sans calcul et probablement sans mode d’emploi, Sugardaddy pose spontanément sa voix, son groove et son patois solaire sur l’univers décalé du lagomorphe ligérien.
« No problem man, just let the rabbit play… » aurait-il lancé avant d’improviser ce spoken-word reggae halluciné, offert généreusement à Lapinu dans un esprit de pure vibration artisanale. Résultat : une rencontre absurde mais parfaitement naturelle entre exotica expérimentale, chanson mutante et reggae helvético-caribéen — comme si un sound system jamaïcain avait soudainement échoué dans un terrier français au bord de la Loire.

Entre-temps, un album un peu à part dans la discographie de Lapinu voit le jour en 2014 : Special Secret. Plus discret, plus nocturne et sans doute plus expérimental encore, ce disque naît d’une collaboration transatlantique avec le musicien californien Hugh Bonar alias HB3.
Compositeur prolifique, multi-instrumentiste atypique et joueur de piccolo bass, HB3 développe depuis plusieurs années un univers personnel naviguant entre jazz expérimental, ambient, groove minimaliste et bricolages sonores élégamment décalés. Auteur de nombreux albums solo, le musicien californien cultive une approche libre et artisanale de la composition, où l’improvisation conserve toujours une place essentielle.
La rencontre avec le French Singing Rabbit s’effectue naturellement via les réseaux sociaux, ce territoire étrange où un lagomorphe ligérien peut croiser, au détour d’un algorithme insomniaque, un bassiste expérimental de Californie. Très vite, une collaboration à distance s’installe entre les deux artistes. HB3 envoie alors une série d’instrumentaux atmosphériques et hypnotiques sur lesquels Lapinu imagine textes, mélodies et voix, donnant naissance à un album flottant entre spoken word lunaire, chanson expérimentale, exotica nocturne et poésie électronique artisanale.
À quelques exceptions près : amateur de littérature française, Hugh Bonar glisse également dans l’album plusieurs vers de Baudelaire, intégrés comme des fragments poétiques dérivant à travers cet étrange laboratoire musical franco-californien. Avec ses climats suspendus, ses rythmiques discrètes et son élégante étrangeté, Special Secret demeure aujourd’hui encore l’un des objets les plus singuliers de la variété expérimentale selon Lapinu : une correspondance sonore improbable entre les bords de Loire et la côte Ouest américaine.
Après plusieurs échanges à distance, les deux artistes se rencontrent finalement en 2013 lors du passage de Lapinu à Los Angeles, où ils parachèvent leur projet au Studio Prime Rib d’Atwater Village. Special Secret paraît quelques mois plus tard sous le label Wagmore Records.


Cependant, avant cette rencontre californienne, Lapinu fait escale à Mexico où il retrouve son amie Martha, mystérieuse voix féminine du projet Bonaventura Mini-Sinfonia ! Avec son timbre chaleureux, profondément incarné et immédiatement reconnaissable, la chanteuse mexicaine apporte au projet une présence presque charnelle, à la fois douce, envoûtante et intensément humaine. Sa voix semble surgir naturellement du tumulte de Mexico, entre mélancolie latine, sensualité discrète et souvenirs d’un cabaret tropical oublié.
Cette interprétation habitée donne une nouvelle dimension à Bonaventura, morceau initialement présent sur l’album Joy of Love, ici réarrangé sous forme de mini-simphonie expérimentale par le compositeur Michel Pardeshi. Peu à peu, le projet prend la forme d’un album-concept inspiré par l’histoire du Mexique, ses mythologies, ses fractures et ses héritages métissés.


C’est notamment après une longue déambulation de Lapinu sur la célèbre Zócalo, immense place historique construite sur les vestiges de l’ancienne cité aztèque de Tenochtitlan et dominée par la cathédrale métropolitaine, que l’idée du projet se cristallise véritablement. Entre marchands ambulants, cérémonies populaires, drapeaux monumentaux et chaos urbain permanent, le French Singing Rabbit se transforme alors en Explorador Quimérico.
Lapinu rapporte finalement de ce voyage une série d’enregistrements vidéo et audio réalisés sur place : ambiances de rue, voix anonymes, cloches et musiciens errants viendront nourrir cette étrange fresque musicale, quelque part entre exotica mélancolique, poésie sonore et carnet de voyage halluciné. Le projet voit finalement le jour en 2015, sous la forme d’une fresque musicale et symphonique hybride, flottant entre variété expérimentale, mémoire urbaine et rêverie mexicaine.

À ce jour, le point d’orgue de la biographie de Lapinu demeure sans doute son passage au Famous Hollywood Magic Castle ! C’est en décembre 2013, dans le sous-sol feutré du célèbre château magique et plus précisément au Hare & Hat Pub, niché dans les profondeurs du manoir parmi les couloirs labyrinthiques exposant sous vitrines les accessoires de magiciens légendaires ( dont les célèbres chaînes de Harry Houdini ! ) que le French Singing Rabbit donne un concert privé particulièrement chargé d’émotion. Invité par la famille du regretté Verne Langdon , disparu en 2011, Lapinu participe alors à un hommage musical accompagné de Gina Lebedeff au piano et Brock Branan à la guitare. Devant les proches, les amis et les admirateurs de Verne, le jeune artiste français interprète plusieurs morceaux dans une atmosphère intimiste semblant sortie d’un film de David Lynch… ou de Ed Wood !
Lieu légendaire réservé aux magiciens et à leurs invités, le Magic Castle occupe depuis les années 1960 une place unique dans l’imaginaire hollywoodien. Fondé par Milt Larsen, figure incontournable de l’illusionnisme américain et proche ami de Verne Langdon, le château est devenu au fil du temps un sanctuaire dédié à la magie, aux stand-up déjantés et autres performances atypiques. Pour Lapinu, l’émotion est d’autant plus forte que Verne Langdon fut lui-même un habitué du lieu. Dieu seul sait quels personnages il pouvait venir incarner entre ces murs lorsqu’il ne s’installait tout simplement pas au très sélect bar rococo du Magic Castle, au milieu des illusionnistes et des derniers fantômes du vieux cinéma fantastique américain.
À la suite de cette soirée fascinante, Gina Lebedeff et Brock Branan acceptent de participer à l’élaboration d’un album hommage dédié à Verne Langdon. Le travail s’effectue lentement, à distance, au gré des échanges entre l’Amérique et l’Armorique, avant que l’objet ne voie finalement le jour au cours de l’année 2020, telle une ultime correspondance entre l’âme de Verne Langdon et son disciple de France.

Cette période s’avère particulièrement riche pour le lapin facétieux. En 2014, Lapinu participe notamment à l’inauguration du Festival du film canadien de Dieppe, dont l’ouverture est imaginée et mise en scène par l’artiste Cédric Tanguy. Plasticien, scénographe et performer aux influences baroques assumées, Cédric Tanguy développe un univers visuel singulier où se croisent théâtre forain, imagerie fantastique, cabaret décadent et poésie burlesque. Ses créations, souvent peuplées de figures extravagantes et de tableaux vivants, semblent surgir d’un carnaval expressionniste suspendu hors du temps.
Pour cette cérémonie d’ouverture, l’artiste choisit justement une chanson de son ami Lapinu afin d’accompagner un immense tableau vivant aux allures de freak show surréaliste. Entre les artistes de cirque évoluent ainsi une adorable lilliputienne, un Mister Muscle, une femme à barbe, un véritable géant et le French Singing Rabbit en personne interprétant Comme dans les films, extrait de son album The Ghost Train sorti en 2012. Le résultat évoque autant un vieux cinéma forain qu’un cabaret fantastique échappé d’un rêve fiévreux : une parade baroque et délicieusement anachronique, où Lapinu semble finalement évoluer dans son élément naturel.


En 2015, Lapinu se produit au Mau Mau Bar, au cœur du quartier mythique de Portobello Road à Londres. Rue emblématique du Swinging London, Portobello Road demeure depuis les années 1960 un véritable laboratoire de contre-cultures, de musiques psychédéliques et d’expérimentations artistiques. Entre marchés antiques et boutiques underground, le quartier de Notting Hill a vu défiler beatniks, hippies, artistes underground et groupes naissants du rock anglais. C’est dans cette atmosphère électrique que de jeunes formations comme les Pink Floyd firent autrefois leurs premières armes psychédéliques dans les clubs et caves des environs.
Invité par le poète et écrivain sud-africain Lee Harris, figure singulière de la contre-culture londonienne, Lapinu a alors le privilège de rencontrer ce dernier dans sa célèbre boutique : la légendaire Alchemy Shop. Véritable sanctuaire bohème fréquenté depuis des décennies par les artistes marginaux et les poètes mystiques, l’échoppe constitue encore aujourd’hui un lieu culte pour les amateurs de spiritualité alternative et de littérature underground. Poète proche des mouvances beat et psychédéliques, Lee Harris est notamment connu pour ses écrits mêlant spiritualité, poésie visionnaire et culture underground. Depuis les années 1970, sa présence discrète mais influente accompagne les marges artistiques londoniennes comme une sorte de sage bohème survivant du vieux Notting Hill libertaire.

C’est finalement à quelques pas de l’Alchemy Shop que le French Singing Rabbit partage la scène du Mau Mau Bar avec Lee Harris et plusieurs musiciens londoniens pour une soirée aussi improbable que chaleureuse. Entre spoken word enfumé, chansons expérimentales, improvisations acoustiques et pop vaporeuse, le concert prend rapidement des allures de réunion clandestine entre vieux beatniks et voyageurs psychédéliques.

Le poète Lee Harris présente Lapinu à la faune interlope de portobello road. Le lendemain matin, son ami Martin poste une image fantômatique et un message énigmatique…

Depuis son escapade londonienne, Lapinu semble avoir regagné les profondeurs tranquilles de son terrier ligérien, où il continue de bricoler chansons, vidéos et expérimentations sonores à l’abri du vacarme numérique contemporain. Il lui arrive encore de bondir discrètement au Pays de la Mée ou chez les Namnètes afin d’y produire quelques pièces musicales, souvent à contre-courant des modes et des algorithmes. Il faut dire qu’en ces temps d’abondance audiovisuelle permanente et de disette budgétaire chronique, les créatures atypiques de variété expérimentale trouvent plus difficilement leur place dans les circuits culturels standardisés. Mais qu’importe : Lapinu poursuit obstinément ses recherches poétiques, quelque part entre chansons mutantes et nostalgie rétrofuturiste.
Aujourd’hui, le lapin chanteur semble évoluer dans un territoire encore plus étrange : celui d’une vieille France imaginaire transfigurée par les robots, les souvenirs analogiques et les fantômes d’un futur qui n’a jamais vraiment eu lieu. Un univers mélancolique où les machines fredonnent encore quelques refrains oubliés au fond des provinces électroniques en rapièçant des fragments d’Histoire avec des lambeaux de mémoire numérique.



















